Les nuits de la pleine lune
Il y a un peu plus d’un mois, le cinéma français perdait l'un de ses plus grands noms : Eric Rohmer. L'occasion de revenir en quelques mots sur ce grand réalisateur, à travers l'un des films les plus emblématiques de sa carrière : Les nuits de la pleine lune, sorti en 1984.
Ce thème du badinage amoureux est prépondérant dans l’œuvre de ce cinéaste. Beaucoup ne se privaient d’ailleurs pas de lui reprocher de faire toujours le même film, dans le fonds... et la forme. Il y a un parler Rohmer, un filmer Rohmer. Une façon volontairement théâtrale de jouer, une mise en scène recherchant toujours la simplicité et la discrétion. Cela baigne dans un constant décalage. Sur le papier c’est un peu ridicule, presque du sitcom… Et pourtant, un mystérieux fil réussit à faire tenir l’ensemble debout. Le résultat, c’est du cinéma, du vrai, drôle, vivant, émouvant.
C’est donc souvent la même partition… mais jouée avec des instruments ou sur un tempo différent. Il y a toujours une grande sensibilité aux lieux filmés, on a toujours l’impression d’être là, de ressentir, d’être imprégné. Les nuits de la pleine lune est ainsi aux couleurs du Paris des années 80. Le lieu et l’époque sont le cœur du film, et en fait une œuvre unique.
Les personnages de Rohmer sont tantôt horripilants tantôt touchants. Ce sont des gens en quête d’amour et analysés sous ce seul prisme, systématiquement. Parmi la multitude d’entre eux, c’est en général sur un seul que se fait le point d’ancrage du spectateur. Qui des personnages des Nuits de la pleine lune vous ressemble le plus ? Êtes vous comme Louise, un personnage sensible qui ne peut s’empêcher de jouer parfois avec les sentiments des autres ? Êtes vous comme Octave, un fêtard hâbleur qui cache ses sentiments et sa sensibilité sous sa tchatche ? Ou êtes vous comme Rémi, une personne qui paye le prix de son absolue sincérité par une certaine solitude ? Le jeu d'identification réserve souvent des surprises, car chez Rohmer, les personnages qui nous paraissaient les plus antipathiques sont souvent ceux dont la trajectoire finit par le plus nous toucher.
C'est aussi bien sûr un style dans lequel on peut aussi ne pas rentrer, et qui peut agacer. On peut trouver ce jeu d’aller et venue du désir futile et sans grand intérêt… Mais la fin balaye généralement les réserves. Car chez Rohmer, les conclusions sont toujours magnifiques, tristes et remplies d’espoir en même temps, faisant totalement éclater une émotion qui est comme retenue sur l’ensemble du film. C’est le cas ici, à nouveau. Rohmer aime avancer masqué, et nous achever sans crier gare. Les nuits de la pleine lune en l’un des exemples les plus aboutis de toutes ces "règles Rohmeriennes".
Publié le 24 février 2010 - paru il y a 16 ans et 18 jours
Auteur : Ilan Malka
Journaliste et chroniqueur Le Mouv' @ Radio France
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J'ai apprécié la lecture de cet article, et je pense que ce site est génial.
Je vous remercie.
Kreeg
Êtes vous comme Louise, un personnage sensible qui ne peut s’empêcher de jouer parfois avec les sentiments des autres ?
Laurence
Il y a un parler Rohmer, un filmer Rohmer. Une façon volontairement théâtrale de jouer, une mise en scène recherchant toujours la simplicité et la discrétion.
C’est donc souvent la même partition… mais jouée avec des instruments ou sur un tempo différent. Il y a toujours une grande sensibilité aux lieux filmés, on a toujours l’impression d’être là, de ressentir, d’être imprégné.
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